Cérémonie du 11 novembre 2020

Si loin, si proches

1914-2020
Photographies réalisées par Christiane Sintes à partir des archives conservées par la commune et par des habitants de Crolles.

Les évènements de la Grande Guerre s’éloignent inexorablement dans le temps de l’Histoire…

Pourtant un jour, je me suis retrouvée  face à un portrait de soldat dont le regard en voie d’effacement semblait s’accrocher au mien ; j’éprouvais alors l’émotion d’une rencontre avec une personne. J’ai ainsi voulu connaître le destin de ces hommes et restituer cette proximité découverte…

La Commune de Crolles en m’ouvrant ses archives et en me mettant en relation avec les particuliers  m’a offert cette opportunité. Ainsi, est née l’exposition «  Si loin, si proches » qui évoque le lien à la fois fragile et résistant entre les soldats et leurs proches : pensée, correspondance, fil tendu, blessure, basculement, déchirure, regret, espoir, vanité, fidélité…

Cette exposition rend  également compte des croisements entre le travail de l’archiviste et celui du plasticien (respect du sujet, liberté de la création…).

Christiane Sintès

Des visages

Quinze portraits avec pour ceux qui n’en sont jamais revenus la carte du lieu de décès en surimpression.

Archives municipales de Crolles : Tableau commémoratif avec les portraits de Marius Bérard (1891-1914), Frédéric Bonaime (1871-1915), Henri Chatain (1878-1918), Joseph Cuchet (1879-1917), Victor Curton (1889-1919), Léon Durif (1889-1915), Nicolas Fouron (1873-1920), Victor Emptoz (1874-1915), Jules Doucet ( 1885-1918), Auguste Frassy (1882-1916), Jules Gaude (1891-1914), Fernand Morel (1891-1922), Maurice Morel (1897-1917), Aimé Rebuffet (1885-1915), Gaston Simillion (1867-1914)

Une rencontre

Louis Volland et Marguerite Simillion

Marguerite vivait à Crolles dans le quartier du Fragnès. Son père, agriculteur, a été tué à la guerre dès le début du conflit. Sa mère est décédée quelques temps après. Louis, sur le front d’Orient, est rapatrié pour paludisme et hospitalisé à l’hôpital temporaire de Crolles. En convalescence, il aide Marguerite à la ferme. Une histoire d’amour nait. Ils se marient à la fin de la guerre.

Archives municipales de Crolles : Extrait du cadastre napoléonien de 1817, carte postale ancienne représentant l’hôpital temporaire (famille Byland-Vincent), ancien couvent de la Providence.

Archives privées C. Amouriq : Portrait Marguerite Simillion, portrait de Louis Volland, photo de mariage de M. Simillion et de L. Volland (le 24 novembre 1918 à Crolles).

Intervalles

Entrée sensible dans l’Histoire à travers un recueil d’histoires. Fragments, recadrages de cartes postales et de photos sont rapprochés en diptyques.

Fonds privé H.Laurent, I. Fastier

Christiane Sintès

Christiane Sintès vit et travaille en Isère. Après des études scientifiques, elle se forme à la photographie. Elle explore les territoires du visible et de l’invisible, poursuivant la trace d’une présence laissée dans le paysage.

Explorant et détournant la pellicule infrarouge, le polaroïd, le sténopé, la pellicule washi, elle se sert de la durée pour dire l’éphémère.

Elle travaille par série, à la recherche de lieux de peu, d’instants fragiles ou de lumières déclinantes, mettant au jour les éléments d’un vocabulaire poétique au plus près de l’intime :
La disparition (2000-2002), Le voyage d’hiver (2003), Zone d’incertitude (2004), La note bleue (2006), Espaces fragiles (2008), Ma vie (2009), Traversées (2010), Batillages (2011-2013), Limen (2015), Matière d’absence (2016-2020) , Wohin (2019)  Goldberg (variations) (2019) autant de séries pour interroger son rapport sensible au monde..

Son travail a été notamment exposé par les galeries Mirabilia à Lagorce (07), Horschamp à Sivry-Courtry (77), L’Oeil Ecoute à Limoges (87),la Galerie d’Art Contemporain de Mourenx (64), les artothèques et médiathèques de Grenoble, d’Annecy, d’Aubenas, de Crolles, l’Espace Larith à Chambéry, la MAPRA à Lyon, les Rencontres de Solignac (87), e la Collection Particulière de Vrais Rêves à Lyon.,celle de La Fabrique du Pont d’Alleyrac à Saint Pierreville (07).

Ses œuvres sont présentes dans les collections publiques des artothèques de Grenoble, Chambéry, Annecy, au GAC d’Annonay et à la Villa Perrochon à Niort

www.christianesintes.comchristianesintes@free.fr

Exposition

L’armistice de 1918, signé le 11 novembre à 5 h15 marque la fin de la Première Guerre mondiale (19141918) et la capitulation de l’Allemagne.

Si notre région n’a connu ni l’occupation ni les bombardements, nos villages ont vu partir de nombreux jeunes pour combattre au front. En France, les pertes humaines ont été terribles ; elles sont estimées à 1million 400.000 morts.

La lecture du registre de délibérations de 1899 à 1925 est riche d’enseignement sur l’engagement des crollois pendant cette période et on y retrouve de nombreuses décisions relatives à la 1ère Guerre Mondiale.

La plupart concerne l’hôpital, établi dès le mois d’août 1914 dans l’ancien couvent chez messieurs Vincent-Byland (ex-Institut rural). Les blessés de guerre arrivent en tramway de la gare de Grenoble. Eugène Byland en est le directeur. Sa fille Andréa, mariée à Louis Vincent, adjudant télégraphiste, est infirmière bénévole. Ainsi en reconnaissance de son dévouement, le ministère de la Guerre lui décernera en 1918 l’Insigne Spécial en argent.

D’autres concernent l’ouvroir installé par les dames de la commune à l’école de filles dans le but de confectionner du linge et des objets divers à l’usage des blessés qui seront soignés chez M. Byland.

Marguerite Doche, longtemps présidente de l’UMAC raconte que sa mère a aidé à l’hôpital militaire pendant toute la guerre : « Ma mère n’était pas infirmière. Les filles du pays allaient aider ce qu’elles pouvaient. Les blessés venaient de partout. »

Une commission municipale fait état le 12 mai 1918 des locaux pouvant servir de logements aux réfugiés : 29 personnes sont accueillies par M. de Verneuil et 3 par M. Laurent.

Le 2 novembre 1919, le conseil municipal décide d’ériger un monument commémoratif aux enfants de Crolles : 35 noms seront gravés sur le Monument aux morts… Le plus jeune avait 18 ans, le plus âgé 47. Essentiellement enrôlés dans les régiments d’artillerie ou d’infanterie, ces soldats sont morts au champ d’honneur (Verdun, dans la Somme, la Marne ou encore en Bulgarie ou au Maroc…) ou des suites de leurs blessures (éclat d’obus, brûlures, ou broncho-pneumonies dues aux gaz).

Délibération du 31 août 1914, création de l’hôpital temporaire