André Coulon ou l’épithète homérique

Écrire le portrait d’André Coulon, c’est risquer d’omettre un pan de sa vie. Comment, en effet, décrire de manière exhaustive ce génial touche-à-tout qui explore aussi bien le monde des lettres, du sport, du militantisme, que celui des arts ou encore des sciences ? Plus qu’une biographie, ce sont peut-être des adjectifs choisis qui nous en apprendront davantage sur ce grand monsieur 

 

 

Exigeant

S’il y a peut-être un point commun à toutes les passions d’André Coulon, c’est certainement le degré d’exigence qu’il s’impose. « Quand je me lance dans un domaine, j’aime tout savoir sur le sujet. Alors j’y vais à fond », aime-t-il rappeler. Mais d’où tient-il ce côté touche à tout ? « Sans hésitation, c’est grâce à l’école primaire. J’ai eu la chance d’aller dans une école qui pratiquait la méthode Freinet. On partait dans la nature pour étudier ce qui nous entourait. On avait une coopérative scolaire, entièrement gérée par les enfants – j’en étais le président à 8 ans ! – avec un jardin, des ruches, des poules. On écrivait et on imprimait nous-mêmes le journal de l’école. On apprenait à vivre ensemble aussi, tout simplement. »

 

Écologiste

L’amour et le respect de la nature ont depuis toujours rythmé la vie d’André Coulon. L’envie de la protéger aussi. Ce qui passera parfois par des chemins inattendus. Ainsi, qui mieux que le pêcheur pour être une sentinelle de l’eau ? Alors il apprend la pêche à la mouche. « Les eaux vives. La faune et la flore qui gravitent autour de cet élément. C’est une pratique instructive ». Avec laquelle on constate aussi malheureusement toutes les dégradations du milieu naturel… « C’est une pêche très technique, qui demande de l’entrainement. Il faut aussi connaître les poissons, ruser… sinon on fait chou blanc ». André maîtrise tellement le sujet qu’il devient rédacteur en chef de la revue “Pêcheur sportif” – ce qui lui permet au passage de militer pour la protection de la nature – et vice-président de la Fédération des pêcheurs à la mouche. « Dans les années 80, on m’a aussi demandé de former la première équipe de France qui venait tout juste d’être créée. » Résultat, la France est championne du monde de pêche à la mouche pendant 10 ans !

 

Artiste

André Coulon est passionné par les arts, sous toutes leurs formes. La musique d’abord, à travers la guitare classique. Là encore, il excelle dans sa pratique (il gagne le concours international, obtient le premier prix de l’académie de Paris). Rapidement, il met des mots sur sa musique et se produit dans les cabarets de Paris et de Navarre, croisant au passage Brassens et Bobby Lapointe. C’est aussi le monde des marionnettes qui lui fait de l’oeil. Il crée une troupe, monte des spectacles et se produit dans les écoles, au Festival d’Avignon. « La marionnette est un medium magique. On peut faire dire quantité de choses à travers ce personnage ». Il en a même fait le sujet de sa thèse ! C’est enfin le monde des mots qui le passionne. « J’ai écrit mon premier poème à 11 ans et je n’ai jamais lâché la plume. » Il y a 5 ans, son poème illustré “Les ailes du Bora” gagnera le 2e prix du Salon d’Automne derrière Andrée Chedid.

 

Mycophile

« Je me suis toujours intéressé aux champignons. Et me suis passionné pour la reine de l’espèce, la truffe. » Là encore, il se lance dans l’étude de celle qui n’est ni tout à fait un animal, ni tout à fait un végétal. « Elle crée une véritable symbiose avec l’arbre puisqu’elle pousse sur ses radicelles et lui fournit en échange les oligo-éléments nécessaires à son bon développement. J’aime ce mariage qui profite aux deux époux ». À force d’observer et d’expérimenter, André a découvert que c’était grâce aux crottes de lapins, friands de la belle, que les spores de la truffe se propageaient. Il a su aussi recréer dans les coteaux toutes les conditions pour cultiver ce champignon si recherché. Tant et si bien qu’il est aujourd’hui reconnu comme expert national de la truffe. Il collabore avec l’INRIA et est consultant auprès du parc de Chartreuse. « Du coup je me suis aussi lancé dans la recherche et l’invention de recettes pour déguster la belle noire. » Chaque année il organise un repas autour de la truffe, entièrement concocté par ses soins. « J’aime partager mes découvertes, assure -t-il. » Si la truffe vous passionne, n’hésitez pas à rejoindre l’association créée par André, la Catananche cartusienne. Pourquoi ce nom ? « La “catananche” est une jolie fleur bleue qui pousse sur les mêmes sols que la truffe, c’est donc une bonne indication de sa présence. Les Romains s’en servaient aussi pour faire un philtre d’amour. Et “cartusienne” en référence à la chartreuse. »

 

Engagé

Militant au sein de la ligue de l’enseignement, investi dans le mouvement des MJC, directeur du Foyer Parmentier à Grenoble, André Coulon a toujours été un citoyen actif, à la langue bien pendue. « C’est sûrement dû à mon histoire, reconnait-il. Je suis né dans un camp de prisonniers. Mes parents ont réussi à s’enfuir – j’étais caché dans le double fond d’une valise – avant d’entrer dans la Résistance. » Impossible pour lui de se taire ou de rester les bras croisés. « J’ai choisi de devenir conseiller municipal de 1983 à 1989, dans l’équipe de Paul Jargot. Une autre façon de faire bouger les choses. » Il s’est notamment battu pour la création de la zone naturelle du marais de Montfort et le lac de pêche, qui, à l’époque, servait de décharge sauvage. « J’ai obtenu des aides de l’Europe, car en proposant cet espace, on éliminait un dépotoir situé en zone de marais abritant des papillons protégés ». Plus tard, c’est en tant que président du Siciomg qu’il a imposé la création d’une déchetterie, à l’endroit qu’on lui connait aujourd’hui. « Il fallait que les dépôts sauvages au bord de l’Isère cessent ! » justifie le défenseur de la nature. Aujourd’hui, du haut de ses 75 printemps, André Coulon, poursuit ses combats. Avec la même fougue et le même amour des jeux de mots qu’à ses 20 ans !